CHAPITRE IV (Entier)

La spirale infernale

Ghislaine s'inquiète. Paterne avale la paella de chez Mipard Surgelés sans regarder les publicités télévisées et maintenant il délaisse les yaourts maigreur à l'ersatz de sucre qu'elle aime tant pour retourner s'enfermer dans sa chambre. Ce n'est pas normal, aucun compliment sur sa manière de réchauffer au micro-onde le merveilleux plat d'origine Espagnole. Aucun intérêt pour les trente six yaourts au prix de trente quatre avec les morceaux de gélatine parfumée aux arômes extraits de vrais fruits exotiques alors que Marcel est en train de finir son troisième avec une longue coquille de moule à laquele adhère encore des grains de riz. Non, Paterne n'est pas comme d'habitude.
- Dis Celou, tu ne trouves pas que Patounet est bizarre depuis quelques jours ?
- Ah ouais ? Pourquoi ?
- Y mange presque pas, y regarde plus les Guignols et on le voit plus !
- Ah ouais, maintenant que tu l'dis, c'est vrai. Ça fait trois jours qu'il se pointe avec la Gazette de Fontenay aux Roses, l'Echo de Bagneux, Châtillon Matin, les Nouvelles de Sceaux et le Transigeant de Bourg la Reine. Jamais il n'avait acheté de journaux, juste Science et Vie ou Science et Avenir, des machins où qu'on parle même pas de foot ! Remarque, ça vaut mieux, quand on voit le classement de Fontenay ! Avant-dernier qu'ils sont !
- Peut-être qu'il a un devoir à faire en éducation civique ...
Paterne pendant ce temps épluche les journaux pour y trouver un écho de son exploit. En vain. Pas le moindre entrefilet, pas la moindre ligne. Bien qu'il n'ait pas violé Océane, une agression au couteau avec menace de mort, on devrait en parler. Tant qu'à être recherché par la police, il trouve inadmissible de pas connaître le quart d'heure de gloire annoncé par Andy Warrol. Tout doit-il se liguer contre lui éternellement ? Sous quelle mauvaise étoile a-t-il pu naître pour que sa puissante intelligence ne soit pas reconnue ? Les cris couinés de la souris blanche que Bobo le boa commence à étouffer ne lui attire aucun sourire, une vague mélancolie lui gâche le plaisir du spectacle. Irrité le garçon arpente sa chambre de long en large. Il faut qu'il soit enfin reconnu à sa juste valeur. En attendant, pour retrouver calme et lucidité, l'étude des nombres de Kaprekar est une relaxation pour l'esprit, la plénitude suprême étant de pouvoir établir la démonstration de l'Impasse ou du "495".

Coup d'½il à la montre, une fois de plus Donatien s'est plongé dans ses pensées en oubliant le temps. Germaine doit s'impatienter devant leurs assiettes posées sur la table pourtant, dès qu'il rentrera elle se précipitera pour lui donner le baiser fripon qu'ils échangent depuis leur mariage, voici trente cinq ans bientôt. Il imagine comme chaque jour qu'il lui dira que son haleine le gêne, surtout avant de passer à table et que le secours d'un gastrologue serait profitable, mais il sait aussi que le courage lui manquera. Peut-être aura-t-il un mot pour les collants de laine chinée de chez "Manchot" qu'elle se tricote le soir en regardant la télévision, cela ne l'excite plus depuis longtemps, surtout l'été. Tout change, dans la communauté hippie d'Ardèche, les bas pur Shetland qu'il ôtait pour découvrir la pilosité abondante de brune méditerranéenne sur les jambes de Germaine l'avaient fait rêver, jeune étudiant en droit. Maintenant il hésite à lui offrir l'ensemble épilateur Marinex chauffant la cire dont les photos ornent les couloirs du métro. Ce merveilleux appareil distribue les bandes automatiquement et une spatule est fournie gratuitement. C'est une question d'importance, acheter ou pas, qu'en pensera-t-elle ? Les mollets lisses éveilleront-ils en lui les mêmes désirs troubles ? Bajoyer se promet de prendre une décision définitive le lendemain, pour l'instant il faut rentrer à la maison.
Au moment de franchir la porte du poste après un vague "bonsoir" général, la voix de Fêtnat tonne :
- Agent de deuxième classe Pivolot au rapport ! Lieutenant, RAS dans la journée, nonobstant, subséquemment à l'affaire criminelle Boitard, quels sont vos ordres ?
- Dites-moi la Piv, vous avez fait un stage chez les gendarmes ? Ici c'est la Rousse, on emploie des mots dont on connaît le sens. Enfin, on essaie. Comment se fait-il que vous soyez encore là, vous n'étiez pas du matin ?
- Lieutenant, aux âmes bien nées, le service n'est jamais terminé. Puis il y a que mon minet ne s'intéresse qu'à mes nénés. Alors je préfère rester travailler en attendant qu'il s'intéresse à mon âme. Enfin ... aussi à mon âme, parce que s'il oubliait mes nénés ...
- Pivolot ! Gardez vos commentaires pour vous et foutez-moi le camp ! Demain briefing à neuf heures. Et une chose encore, c'est réglementaire la minijupe d'uniforme ou c'est vous qui l'avez raccourcie ?
- Ben j'sais pas si c'est réglementaire Chef, mais les ados ne nous jettent plus de pierres pendant les patrouilles, maintenant ils sifflent. C'est bien, non ? En plus on les repère mieux !
Ec½uré, Donatien n'insiste pas, il sort avec à l'esprit l'image abominable de la petite culotte rose à dentelle tranchant sur la peau dorée de Fêtnat fouillant un casier en bas de l'armoire à dossiers. Est-il possible que la jeunesse se sente plus attirée par les cuisses de la jeune Antillaise que par l'étude des mathématiques ? C'est inconcevable pour lui, mais si c'est vrai, le monde court à sa perte.

Le tendre baiser de bienvenue de Germaine et ses délicates attentions, le gratin de nouilles au gingembre, le Corbières tiré du cubitainer de cinq litres n'ont pas tiré Bajoyer de ses pensées, il est dans son affaire, l'énigme du 28 de la rue Lénine. Son épouse, en fine psychologue, sent la préoccupation de son mari, ce qui est logique, le vécu quotidien d'une conseillère pédagogique laisse une grande part au ressenti et à l'intuition.
- Alors mon Dodo, mon petit canari bleu, tu as des misères ? Raconte tout à ta Gégère, ça va te soulager. Tu veux un tilleul ? Après on se met dans le canapé et tu me dis.
Une tasse fumante en main, le policier relate à son épouse la rocambolesque agression, explique son incompréhension et sa crainte d'avoir sur sa zone de travail un dément qui repassera à l'acte jusqu'à ce qu'il réussisse son crime. Pourquoi l'individu a-t-il poussé un cri avant de fuir ? A l'évidence la gamine est nettement moins belle que son épouse adorée, mais de là à hurler comme une bête quand elle se déshabillait, c'est étonnant ! Il avoue avoir le pressentiment qu'il va se passer des choses très graves.
- Mon pauvre Dodo, faut pas te faire de mauvais sang. Si ça se trouve, c'est juste un plaisantin ton violeur. Il aura voulu faire peur à la môme. Et si c'était un jeune qui voulait seulement voir une fille nue ?
- C'est possible, mon lapin d'amour, mais mon intuition me dit qu'il ne s'en tiendra pas là.
- Chasse tes idées noires. Viens au lit et fais-moi un enfant.
- Mais Gégère, tu es ménopausée !
- Il n'est pas nécessaire de réussir pour persévérer.

Pendant ce temps, lassé des suites de nombres remarquables, Paterne décide que les journaux parleront de lui. Ses compétences scolaires sont reconnues, son talent de commerçant lui assure de bonnes rentrées financières, il convient à présent de manifester aux yeux de tous, son génie de stratège par le biais des médias. Alexandre, Jules César, Napoléon, voila les anciens dont il suivra les traces. Organisateurs, conquérants, ils ont connu le pouvoir et bien des siècles après leur mort, ils sont toujours présents dans l'inconscient collectif comme l'image type des grands hommes et les sujets de centaines de biographies. La France, l'Europe, le monde entier connaîtra son ½uvre. Son ½uvre, mais pas son nom, pas son visage, il sera le Jack l'éventreur du XXIéme siècle, le sublime inconnu connu. Peut-être est-ce mieux que les journaux l'aient ignoré, il définira lui-même le "Plan-com" qui s'imposera à ses ânes bâtés. Pas de faits divers, de l'Art mis en scène, donnée en partage aux hommes de ce temps et cela avec un soupçon d'action humanitaire. Joindre l'utile à la société tout en asseyant sa gloire, voila une méthode très efficace pour assurer une survivance dans la mémoire populaire. Déjà une idée lui trotte dans la tête : trucider la vieille au loulou de Poméranie qui attache son chien au piquet de fer près de la porte de la supérette Recordman. Il la croise souvent à la caisse et la femme sénile paie toujours ses achats en liquide sans chercher à dissimuler les billets de cinquante euros qui doivent constituer sa retraite des vieux. Toute chenue et les mains tremblantes, la marche difficile, elle n'est plus qu'un poids pour la société, une victime désignée pour la prochaine canicule. Elle sera parfaite en mémé assassinée. Le peuple aura son compte d'horreur, d'indignation, il y veillera. Découper le cadavre en morceau c'est bien mais pas neuf, il conviendra d'être plus créatif. Cette époque est celle de la banalisation générale, tout le monde fait comme tout le monde. Mêmes téléphones portables, mêmes vêtements, mêmes programmes de télévision, mêmes crimes sans intérêt, seule l'originalité caractérise les artistes et les génies ... et Paterne est un génie.

- Dodo amour ! Bouges un peu, ça fait cinq minutes que tu es immobile dans la place. Je me languis ! Vas-y, donne des coups de reins, prends-moi sauvagement, comme une bête, dis-moi des mots cochons.
- Excuse Chérie, je ne suis pas à ce que je fais. Tiens, t'aimes ça garce ? Eh bien, Dodo va t'en donner ... c'est bon hein ?
- Oh oui, oh oui !

Sept heures moins le quart, Ghislaine frappe à la porte de la chambre pour la troisième fois. Paterne sort enfin, son boa sur les épaules. C'est le moyen qu'il a trouvé pour échapper à la bise matinale avant d'avaler ses céréales au lait. Sa mère malgré la peur panique du serpent lui fait remarquer qu'il sent le vestiaire après match, qu'il doit prendre une douche, mettre de la pommade sur ses boutons d'acné et se dépêcher pour qu'elle puisse mettre son bol dans le lave-vaisselle. En attendant elle retourne devant la glace de l'entrée, fait bouffer ses cheveux, se soulève les seins, se retourne pour admirer ses fesses, refait bouffer ses cheveux en retroussant les lèvres pour vérifier sa denture. Marcel chante le dernier rap à la mode en se rasant dans la salle de bain, l'ado avale sa mixture chocolatée, le boa balance doucement sa tête, c'est un matin habituel de la famille Lenoble. Ça l'était jusqu'à ce qu'une souris affolée poursuivie par l'iguane vienne buter sur une chaussure de Gigi et entreprenne un grimpé salvateur sur son bas. Ce qui déchire l'espace peut s'appeler un cri. Déchirant, venu d'ailleurs.
Quand elle revient à elle, la pin up des Maxi Galeries aidée de Célou se relève, l'½il hagard, s'approche de Paterne et lui flanque sa deuxième gifle magistrale du mois. Maintenant, il sait qui sera sa deuxième victime.

# Posté le lundi 05 juin 2006 16:21

Chapitre V au 29 juin 2006

CHAPITRE V

Un petit crime pour commencer


La cellule de dégrisement barreaudée est pleine de jeunes gens qui ont manifestement trop abusé des canettes et des pétards. Des flaques malodorantes laissent présager de migraines pharaoniques et de baffes généreusement distribuées par les géniteurs appelés à récupérer dans la matinée les garçons en mal d'expériences hasardeuses. L'un d'eux, plus résistant, tente sa chance auprès de la Piv :
- Wah, j'te kiffe un max la meuf ! Sur, ton parfum me vénère dur, tient, mates un peu, dit-il en baissant son pantalon.
- Mais c'est joli tout plein ça ! Regarde mon lapin, tes petites précieuses tiennent dans ma main. Oh, je peux même les tordre. Tu dis ? Ne hurle pas, je comprends rien ! Bizarre, ton machin est devenu tout mou ... allez, dis-moi que tu m'aimes mon joli poète, sois doux avec ta fliquette d'amour. Mais arrête de crier, tout le monde va savoir qu'on a une aventure nous deux.
- PIVOLOT ! Qu'est-ce que ça veut dire ? On torture ?
- Mais non Lieutenant, Monsieur avait envie de me montrer ses testicules et je voulais voir si le dessous était comme le dessus, alors je les ai retournées. Il semble que cela n'ait pas plus à Monsieur. Si vous permettez, je me lave les mains et je vous apporte une lettre que moi et Piaud on a trouvée scotchée sur la porte à votre intention. Il était allé pisser dans les mahonias comme d'hab, y trouve que ça schlingue trop dans les gogues. Faut dire qu'avec notre clientèle, on a plus souvent droit aux virgules sur les murs qu'à la brise de mer. Quoique les mouettes, vous savez ça largue au hasard, tenez si j'vous disais qu'une fois ...
- Pivolot ! Franchement, vous m'emmerdez ! Amenez-moi cette lettre dans mon bureau et taisez-vous, c'est insupportable !
La pauvre Marocaine qui assure le ménage du bureau est encore à la tâche, elle effectue les trois heures de travail quotidien que l'Etat, dans sa grande générosité, décomptera de son RMI. Le sol baigne sous l'eau de lessive que la femme agite de son balai-brosse, quelques feuilles de rapport flottent comme des navires en perdition sur la mousse, les rallonges électriques devenues câbles sous-marins laissent présager d'une électrocution à court-terme. Donatien ressent une grande lassitude, rien ne va en ce monde. Pourquoi ne peut-il jamais entrer dans son antre pour y trouver quelques instants de bonheur à contempler les calendriers des Postes amoureusement punaisés sur les murs. Trente deux depuis son entrée en fonction : petits chats dans des paniers, chiots baillant, poneys dans de vertes prairies, champs de blés éclatant de coquelicots sanglants, de l'authentique poésie photographique, brute de décoffrage, belle comme les chansons de Mireille Mathieu. Découragé, il retourne à la banque de l'accueil pour récupérer la lettre mystérieuse. La jolie métisse revenue du lavabo récupère l'enveloppe et la tend au lieutenant sans dire mot, manifestant ainsi sa vexation après la réprimande.
"Pour le commissaire Bajoyer", pas d'autre inscription. Il sort son cure-ongle de sa poche, cisaille le rabat et extrait un feuillet imprimé.
"Monsieur,
Vous aurais bientôt l'ocasion d'exersez vos talents d'enquéteur. Je vai commettre un premier meurtre dans quelque jours. Je suis en train de le préparé pour qu'il soye trop horible. Aprés j'en ferait un autre tout les mois.
Je vous met au défi de m'arrété.
Signé :
L'ange de la mort"
Donatien ne s'effare, dans un premier temps, que de l'orthographe, avant de prendre vraiment conscience du contenu inquiétant.
- Je le sentais. Ma main au feu que c'est mon violeur, je ne sais pas pourquoi, mais j'en suis sur. La Piv, racontez-moi comment vous avez trouvé la lettre, surtout n'oubliez rien.
- Lieutenant Bajoyer ! Agent de deuxième classe Fêtnat Pivolot au rapport ! A vos ordres Monsieur.
- Bon ça va, pas la peine de prendre cet air pincé, j'ai été un peu sec tout à l'heure, c'est vrai, mais vous n'allez quand me faire la gueule jusqu'à la nuit des temps quand même !
- Comme il vous conviendra, Lieutenant, c'est vous le chef, Lieutenant.
- Piv, bon dieu, on oublie, d'accord ?
- Ah, j'savais bien qu'vous étiez un brave homme, s'écrie Fétnat, tiens, j'vous fais la bise ...Alors voilà, comme je vous disais, Piaud était allé faire pleurer Coquette dehors puis il est revenu et y m'a dit de venir voir. Alors j'l'ai suivi et j'ai vu. Il avait écrit "Fontenay aux Roses" en pissant dans la neige. Je peux pas dire, vu que je suis une femme, mais ça doit pas être facile et en plus, faut une sacrée vessie. Bon, on s'est marré et c'est en revenant que j'ai vu l'enveloppe collée sur la vitre de la porte. On y avait pas fait attention avant. Quand j'ai vu que ça vous était destiné, je l'ai décrochée et c'est tout.
- Eh merde ! Bajoyer sort du poste avec le fol espoir d'une trace dans la poudreuse.
Rien, sur la rue il y a des sillons noirs, les voitures et les bus ont projeté la neige sale sur le trottoir, enfouissant les traces des passants. La dalle d'accès à l'immeuble a été salée, il n'y a que des flaques d'eau. Seuls des pas mènent au chef d'½uvre jaunasse de Piaud. Donatien reste immobile dans la grisaille. Ce n'est pas encore le jour et plus la nuit sans être l'aube. La ville s'invente un temps pour elle, morne et sale, lourd de désespérance, où toute chance de salut est impossible puisqu'on ne l'imagine même pas. Une cage de coton froid, tombal. La femme de ménage Maghrébine qui ne s'est pas électrocutée repart vers son foyer où elle tentera de réveiller ses deux ainés, puis de les convaincre qu'il faudrait qu'ils essaient de trouver du travail. Que vaudront les suppliques de cette pauvre mère face aux humiliations répétées des lettres de motivation et des CV toujours sans réponse ? Un Pit-bull court au loin sous les platanes, un bébé dans la gueule, la mère le poursuit en hurlant. Mais ce n'est peut-être que la baby-sitter, comment savoir pour l'instant ? Il faudra attendre le dépôt de plainte qui ne manquera pas d'être fait, cela se termine toujours au poste.
Donatien rentre dans le poste, la démarche pesante, las de tout, s'interrogeant sur ce qu'il convient de faire. Le séducteur embastillé pleure en massant ses génitoires enflées, ses amis conscients rient sous cape, les autres cuvent. Une bonne odeur de café tente de dominer les relents des vomissures, Fétnat a de bons cotés. Le temps de boire deux tasses fumantes sucrées à l'aspartam la décision est prise, dès neuf heures, il avertira la juge d'instruction du secteur.
Tous les élèves du collège des Chênes sont réunis dans le réfectoire où une estrade à été érigée pour la circonstance, le brouhaha règne, parfois un rire de fille le domine. Les professeurs et la hiérarchie fonctionnelle sont groupés près du présentoir des desserts que les commis de cuisine commencent à approvisionner. La principale de l'établissement monte sur un escabeau pour accéder au praticable, les enseignants suivent en file et vont se ranger au fond. Doucement le silence s'installe, Madame Jamet-Plussat déplie quelques feuillets, se racle la gorge, tire un mouchoir d'une poche de son tailleur imitation Chanel, crache dedans, le remet à sa place et entame son discours.
"Mes chers enfants, mes petits, mes chouchous chéris, j'ai souhaité vous parler à tous car il s'est produit un drame qui a frappé l'une d'entre vous. Ah purée de nous autres ! C'est pas possible comme c'est grave ! Mademoiselle Boitard, venez ici, laissez-la passer, s'il vous plait. Mettez-vous-là, mon trésor. Bien voilà, imaginez-vous qu'un sale individu a violé votre camarade Océane. Arrête de rire toi le petit connard ! Quand on la regarde, on se dit que ça pourrait t'arriver aussi, parfaitement, tu pourrais te faire enc.. euh pardon, je m'égare. Mais bon, même Monsieur Canut avec Océane, il ne banderait pas et pourtant c'est un pointeur, alors il faut que le forban qu'a fait ça soit un pervers de la pire espèce. Bordel à queue ! Océane ! Alors, en vérité je vous le dis, pour celles qui sont belles, évitez de confondre minijupe et ceinture large et arrêtez de bouger vos culs comme des radasses. Enfin, je veux dire, soyez discrètes, Mesdemoiselles. Et vous les garçons, respectez les poufs, oui, oui, je vois bien comment vous les regardez, cochons que vous êtes, sur la vie de ma mère ! Océane, mon bijou, il t'a fait mal le vilain, tu pleures, c'est normal mon ange. Maintenant pour terminer, en accord avec vos professeurs, je lance un appel. Si vous savez qui a pu commettre ce crime ou si vous avez une information qui permettrait de le découvrir, n'hésitez pas à en en parler. Nous sommes tous à votre écoute. Et à vous tous, les garçons, je vous demande d'imaginer une seconde quel serait votre malheur si les filles vous violaient à tout bout de champ. Maintenant vous pouvez aller en classe. Allez fissa les petits loups, nom de dieu ! "
Paterne, en montant en classe avec ses camarades savoure le plaisir de la notoriété anonyme. Oublié le ratage d'"Opération baise", place aux choses sérieuses. Avant le cours de SVT, il prend soin de prendre rendez-vous pour dealer quelques photos hard afin d'assurer sa vaisselle de poche, l'argent est le nerf de la guerre. Quelques garçons échangent des avis sur les viols que pourraient commettre des filles sur leur personne, certains même se proposent en victimes, seul Sébastien Ledoux déclare franchement, après avoir enlevé un cheveu collé à sa jupe, que l'idée lui répugne.
Patounet attrape la grenouille dans le grand bac de plastique puis retourne à sa paillasse. Lorsque chacun des élèves a récupéré une bestiole et que le professeur en donne le signal, il fait doucement pénétrer la grosse aiguille dans le crâne du batracien. Le concert de coassements qui s'élève dans le laboratoire est une douce musique à l'oreille de l'adolescent. Lentement il démédule en tournant, jouissant des dernières détentes des pattes. Après la mort, la fixation du petit corps au support d'expérience, rappelant un début de crucifixion, le fait sourire. Ouverture délicate de la cuisse, la fine peau brun-vert s'écarte sur les muscles d'un blanc luisant. Il dégage le nerf sciatique de la pointe de son scalpel et y attache le mince fil de cuivre relié au petit tableau électrique fixé au-dessus de la surface faïencée. Cette préparation minutieuse le met d'autant plus en joie que cela lui donne des idées pour l'avenir de la vieille dame. Sitôt que le montage est terminé, il appuie sur le petit contacteur qui envoie une légère décharge électrique, la patte morte s'anime en vives secousses. C'est très amusant ! Quelles possibilités fabuleuses !
Mademoiselle Julienne Poisson, juge d'instruction, un mètre quatre vingt seize au garrot, accueille Donatien chaleureusement, le prie de s'asseoir sur le canapé en cuir fatigué, près d'elle.
- Alors cher ami, quelles nouvelles ? Toujours avec votre épouse ? Pas envie de la tromper ? Vous déjeunez avec moi ? Vous savez que j'habite à deux pas d'ici et que j'ai du champagne au frais ? Non, vous avez du travail urgent ? Bon, tant pis, donnez-moi votre main et racontez-moi vos soucis mon c½ur.
Dans une longue diatribe, le lieutenant, très embarrassé, narre les évènements survenus, montre la lettre, dit sa conviction, bien que non étayée de preuves, qu'il s'agit du même homme. Il fait part de ses craintes d'avoir sur son terrain un tueur en série. Bien que la juge soit troublée par la terrible sensualité qui émane du lieutenant, elle l'écoute attentivement et se rallie à son avis. Il faut lancer une enquête approfondie, qu'elle suivra de très près puisque Donatien devra venir lui rendre compte chaque jour à midi moins le quart ou à dix neuf heures. En cas d'impossibilité, il aura obligation de se rendre à son domicile le soir, elle l'attendrait. Le serial killer allait connaître des moments difficiles. Comment imaginer un instant qu'un criminel puisse défier la justice et la police en la personne du Lieutenant Bajoyer, l'homme qui coffra jadis le concierge du Ministère du Chômage, ce sinistre individu qui volait du papier hygiénique dans les toilettes pour le revendre au noir à des Sénégalais sans-papiers. Julienne Poisson se souvenait de la traque. Il n'était encore que brigadier-chef. Posté dans le placard à balais en face de la porte des WC, il avait "planqué" deux semaines pour finalement passer les bracelets au pipelet. Celui avait tenté de prétexter une diarrhée furieuse pour justifier de l'abondante consommation de papier double épaisseur, mais Donatien l'avait confondu : il avait entendu suffisamment entendu ses ahanements suivis d'un "ouf" de libération pour prouver qu'au contraire, il était constipé. Le malandrin n'avait pu qu'avouer son méfait et dénoncer ses receleurs qui furent expulsés de France après une lourde peine bien méritée.
Nanti d'une commission rogatoire en bonne et due forme, Donatie

# Posté le jeudi 29 juin 2006 14:04

C'est la rentrée !

Voici le moment venu de se plonger de nouveau dans le travail. Bon courage aux lycéens et aux parents.
Je crois que Paterne me titille le cerveau. Qui sait s'il n'a pas profité des vacances pour commettre l'irréparable ...
Dès que j'ai reçu ses messages télépathiques, je vous raconte tout ...
Janus
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# Posté le lundi 11 septembre 2006 15:07